Le marché carbone européen ETS 2 va s'étendre aux carburants routiers à partir du 1er janvier 2027, entraînant une hausse estimée à +17 centimes par litre pour le diesel et +15 centimes pour l'essence. Pour les foyers équipés d'une voiture thermique, le surcoût annuel moyen est évalué à 105 euros, avec des inégalités territoriales qui font craindre un regain de tensions sociales.
Une réforme européenne discrète, mais aux effets très concrets sur le quotidien des Français. Baptisée ETS 2 (pour Emissions Trading System 2), elle étend le marché carbone, jusqu'ici réservé aux industries lourdes, aux carburants routiers et au chauffage résidentiel. Le mécanisme est simple : les distributeurs de carburant devront acheter un quota pour chaque tonne de CO₂ émise. Et cette charge supplémentaire sera, mécaniquement, répercutée sur le prix à la pompe.
La date à retenir est le 1er janvier 2027. D'ici là, le débat sur la transposition dans le droit français reste ouvert, et certains acteurs réclament déjà des aménagements.
L'ETS 2 va renchérir le carburant dès 2027
Le principe de l'ETS 2 repose sur la création d'un marché de quotas d'émissions appliqué à de nouveaux secteurs. Concrètement, chaque vendeur de carburant devra acquérir des droits à polluer proportionnels aux émissions générées par les litres vendus. Ce coût supplémentaire, répercuté en aval, se traduit par une hausse directe du prix à la pompe pour l'automobiliste.
Une hausse asymétrique entre essence et diesel
Les estimations disponibles font état d'une augmentation de +15 centimes par litre pour l'essence et de +17 centimes par litre pour le diesel, hors TVA. Le diesel, carburant encore majoritaire dans le parc automobile français, notamment chez les artisans, livreurs et professionnels du transport léger, serait donc le plus touché. Pour un foyer possédant une voiture thermique, le surcoût annuel moyen est estimé à 105 euros, une somme qui peut paraître modeste dans l'absolu, mais qui pèse davantage sur les budgets les plus contraints.
Une nouvelle charge pour les distributeurs de carburant
Les distributeurs de carburants deviennent les premiers acteurs à devoir se conformer à cette obligation d'achat de quotas. Ils ne paient pas directement la taxe : ils achètent des droits d'émission sur le marché carbone, dont le prix fluctue selon l'offre et la demande. Cette volatilité potentielle constitue une inconnue supplémentaire : le surcoût final à la pompe pourrait s'avérer supérieur ou inférieur aux estimations actuelles selon l'évolution des cours du carbone européen.
- Réduire les émissions de CO₂ du secteur des transports et du chauffage
- Générer des recettes pouvant financer la transition énergétique
- Harmoniser la politique climatique à l’échelle européenne
- Hausse immédiate du coût du carburant pour les ménages
- Impact disproportionné sur les zones rurales et périurbaines
- Tensions sociales comparables aux gilets jaunes de 2018
Les populations rurales en première ligne
La géographie joue un rôle central dans l'analyse des impacts. Les résidents des zones rurales et des territoires isolés sont les premiers concernés par cette hausse du carburant. Sans alternative crédible aux transports en commun, leur dépendance à la voiture thermique est totale. Chaque centime supplémentaire à la pompe se traduit directement par une pression accrue sur leur budget.
Les artisans, livreurs et petits professionnels constituent un autre groupe vulnérable clairement identifié. Leur activité repose sur des véhicules utilitaires, souvent diesel, parcourant des distances importantes. Pour eux, le surcoût annuel de 105 euros par foyer est une moyenne qui sous-estime largement la réalité de leur exposition.
Le fossé entre urbains et ruraux risque de s'aggraver
Les habitants des grandes villes bénéficient d'alternatives : métro, bus, vélo en libre-service, tramway. Résultat : l'impact de la hausse du carburant y est présent mais largement absorbable. En zone périurbaine ou rurale, cette équation n'existe pas. L'Institut Montaigne a publié des analyses pointant ce fossé croissant et le risque de tensions sociales qui en découle, en référence directe au mouvement des gilets jaunes de 2018. Ce mouvement, né précisément d'une hausse de la fiscalité sur les carburants, reste la référence historique de ce que peut provoquer une augmentation brutale du prix à la pompe perçue comme injuste par une partie de la population.
Pour les foyers dont le budget est déjà sous tension, la perspective d'une augmentation du poste carburant s'ajoute à d'autres pressions financières. À ce titre, les questions liées aux revenus disponibles à la retraite ou aux nouvelles règles d'accès au logement social illustrent un contexte de contraintes budgétaires cumulatives pour une partie significative des ménages.
de surcoût annuel estimé par foyer possédant une voiture thermique
Des mesures de compensation à l'étude, mais encore floues
Les pouvoirs publics français ont conscience du risque. Plusieurs pistes de compensation sont en cours d'examen, sans qu'aucun dispositif définitif n'ait encore été arrêté à ce stade.
Des aides ciblées pour les foyers vulnérables
Parmi les mesures envisagées figurent des chèques énergétiques destinés aux ménages les plus modestes, de nouvelles aides à l'achat de véhicules électriques ou hybrides, ainsi qu'un soutien accru à l'installation de bornes de recharge électrique. Ces dispositifs de compensation ciblés visent à amortir le choc pour ceux qui ne peuvent pas se passer de leur voiture thermique à court terme.
Des investissements dans les mobilités alternatives
Le renforcement de l'offre de transports en commun en zone périurbaine figure également dans les réflexions. L'investissement dans les trains régionaux, les autobus propres, les infrastructures de covoiturage et les pistes cyclables est présenté comme une réponse structurelle à la dépendance automobile. Mais ces investissements prennent du temps, et l'entrée en vigueur de l'ETS 2 est fixée au 1er janvier 2027, ce qui laisse peu de marge pour transformer en profondeur les habitudes de mobilité. Certains acteurs réclament des aménagements temporaires, voire une relecture partielle du calendrier initial, pour laisser le temps aux alternatives de se déployer.
Les hausses de +15 et +17 centimes par litre sont des estimations hors TVA. L’application de la TVA sur le prix final pourrait légèrement amplifier l’impact réel à la pompe.
Le débat sur la transposition de l'ETS 2 dans le droit français reste ouvert. Des discussions portent sur des ajustements, une progressivité de la montée en charge ou un étalement du calendrier avant 2027. Mais l'obligation européenne est posée, et la France devra s'y conformer. La vraie question n'est pas de savoir si le prix du carburant augmentera, mais dans quelle mesure les mécanismes de solidarité parviendront à en atténuer les effets pour les foyers les plus exposés, ceux qui n'ont pas d'autre choix que de prendre leur voiture chaque matin pour aller travailler. C'est précisément ce type de contrainte quotidienne, invisible dans les statistiques mais pesante dans les budgets, qui avait alimenté la colère de 2018. Et les signaux d'alerte de l'Institut Montaigne suggèrent que la leçon n'a pas été oubliée, même si elle n'a pas encore pleinement été intégrée dans la conception des politiques de compensation.





